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David Lynch et Dune

 
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jjardoino
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MessagePosté le: Dim 12 Juin 2005 22:33    Sujet du message: David Lynch et Dune Répondre en citant

Tiens, ce soir, Arte repassait Dune, l'adaptation par David Lynch du célèbre roman de Frank Herbert. Et, comme d'habitude, le film est boudé par ceux-qui-savent, j'ai nommé les gens qui rédigent la critique sur les pages des programmes télé. On croirait que tout a été dit une fois et pour toujours : "Dune est un roman quasiment inadaptable, et Lynch s'y est cassé les dents". Faut vraiment ne rien avoir compris à David Lynch...
Moi je ne fais pas partie de ceux-qui-savent, et qui savent surtout se répéter sans faire preuve ni d'originalité ni d'imagination. Ah, il y a Dune qui passe à la télé, sortez la fiche. Elle dit quoi ? Elle dit "Dune est quasiment inadaptable, et Lynch..." ? C'est parfait, il n'y a rien a changer...
Pourtant je peux comprendre qu'il y a un monde entre David Lynch et ceux-qui-savent. Car tout le cinéma de David Lynch est justement fondé sur l'originalité et l'imagination. David Lynch utilise les histoires pour peindre des ambiances, des voyages initiatiques où les personnages cherchent, et trouvent souvent, leur vérité. Elle peut être cruelle, comme dans Mulholland Drive, noire comme dans Lost Highway, oppressante dans Elephant Man, déjantée dans Blue Velvet ou le fameux Twin Peaks...
Bien sûr que Dune, le roman, est complexe. Tout le décor est fondé sur des jeux de pouvoir, des conversations qui ressemblent à des parties d'échec de très haut niveau. Dune, bien que se rangeant dans le genre de la science-fiction, frôle souvent le surnaturel, mais tout ceci est un décor, un décor formidable mais un décor, et n'a vraiment de sens qu'en littérature.
Et David Lynch a compris que s'il se plongeait dans ce décor, il ne ferait que faire une adaptation poussive (et, là, il se casserait les dents) et, surtout, il raterait l'essentiel, le fil directeur qui n'est pas la peinture exacte du décor mais le parcours de gens qui se révèlent à eux-mêmes. Dans le roman de Frank Herbert, c'est le sens messianique du destin de Paul qui est l'âme de l'histoire. D'ailleurs, la suite de Dune s'appelle "Le Messie de Dune" et toutes les très riches allusions à des philosophies et modes d'éducation méditerranéens le confirment.
Le roman est toujours au carrefour entre l'humanité et la spiritualité. Et le film aussi. Simplement, Lynch ne s'y prend pas de la même façon. Il laisse de côté ce qu'il ne pourra pas réellement peindre. Les longues pages d'explorations de jeux de pensée sont un vecteur essentiel dans le roman car elles rendent le lecteur réceptif à la quête de Paul. Mais toute cette artillerie, dans un film, non seulement deviendrait vite ennuyeuse mais, surtout, elle détournerait le spectateur des questions posées par le livre. En effet, une surabondance d'évocations philosophico-religieuses aurait donné à Paul un rôle passif, comme quelqu'un à qui une prophétie aurait conféré un destin messianique, et qui se contenterait de se plier à son destin.
Or Paul ne suit pas son destin mais il le construit, de plus en plus il agit pour donner du sens à la "prophétie". C'est très proche de ce que nous proposait "La dernière tentation" de Katantzaki, dont Scorcese a fait une brillante adaptation. Le Christ n'est pas le Christ, enfin pas obligatoirement. Il le devient. Qu'on croie en Dieu ou non, l'idée principale est là.
Et les plus obscurantistes de nos maîtres à penser ne s'y sont pas trompés, cette idée les met en danger et ils préfèrent rabâcher une histoire où tout était joué d'avance.
Et je pense que les "ceux-qui-savent" que j'évoquais plus haut obéissent à la même forme d'obscurantisme. Ils n'ont pas plus compris le roman que le film, ils n'ont vu dans l'oeuvre de Frank Herbert qu'un guide validé par un destin déjà écrit, et ils sont plus rassurés par le livre. Car ils peuvent s'y laisser bercer et croire que la vraie question est déjà traitée par les réponses existantes et qu'il n'est plus utile de se la poser.
Alors que c'est tout l'inverse. Ce qui est écrit, ce qui est prophétisé, ce qui est anticipé, ne prendra jamais de sens si on ne se demande pas comment agir pour donner du sens.
Le livre de Frank Herbert posait la même question que celui de Katantzaki : a-t-on le droit de tenter de guider les gens vers une vie meilleure, et que doit-on faire pour ne pas céder aux dogmes et risquer ainsi de les replonger dans les mêmes schémas d'oppression ?
Et je crois que David Lynch a très bien compris où était la vraie question, et que son rôle ne consistait pas à placarder des citations ressemblantes mais plutôt de trouver le moyen d'utiliser sa caméra pour la poser à son tour. Et, si Dune n'est pas un des meilleurs films de David Lynch, ce n'est pas non plus un film raté.
_________________
Jean-Jacques Ardoino
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