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La forme et le fond

 
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jjardoino
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Inscrit le: 14 Fév 2005
Messages: 3200
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MessagePosté le: Sam 24 Déc 2005 12:36    Sujet du message: La forme et le fond Répondre en citant

Il y a en ce moment un "événement" dans le monde du blog : le ministre de l'Intérieur a accepté une interview, avec podcasts audio et vidéo, auprès d'un bloggeur. Et les commentaires font la surenchère du "bravo". Et tout ceci ne fait que renforcer mon inquiétude...

Alors quoi ? Où est l'événement ? Un ministre acceptant une interview pour un blog c'est une grande première ? Un grand pas franchi pour la reconnaissance de l'Internet ? En plus, il est décontracté, souriant, amène, et on le sent proche, si proche ?

Il suffit donc qu'un homme politique fasse preuve d'un peu de démagogie, il n'est même pas nécessaire qu'il excelle dans cet art, il nous suffit de savoir qu'il PEUT, lui aussi, être sympathique... Au moins en apparence, mais seule l'apparence nous importe. Vous vous rendez compte ? Il sourit, il tutoie, il parle de lui, et tout cela à un simple blog. Quel honneur !

Demain, n'importe quel politicien peut aller dans un refuge de la SPA et exprimer sa compassion à propos de nos compagnons abandonnés, quelques sourires suffiront à nous convaincre qu'il aime les animaux plus que tout au monde. Ou bien sourire bêtement à deux vaches et un mouton, et nous serons convaincus qu'il représente un appui certain pour l'avenir de l'agriculture. Et nous n'éprouverons plus le besoin de lire le contenu des textes de loi qu'il propose. Pensez donc, un type si souriant et si décontracté, on ne peut que lui faire confiance. Et ce serait même l'insulter que simplement songer à vérifier le bien fondé de ses propositions...

Toutes proportions gardées, je suis certain que, dans les années 30, en pleine montée du nazisme, Hitler a dû rassurer beaucoup d'Allemands chaque fois qu'il souriait à des enfants, leur caressait les cheveux ou jouait avec eux, ces attitudes ayant bien évidemment été capturées et immortalisées par une caméra... Cet homme-là ne pouvait pas être le danger que certains dénonçaient, il était si sympathique et si attentif...

Et c'est ça qui est inquiétant : il est plus facile de restreindre les libertés, d'amener à se résigner à un niveau de vie qui s'amenuise, de remettre en question les acquis sociaux, tout cela avec de grands sourires sympathiques, que de tenter de faire bouger le monde en faisant la gueule.

Soigner la forme pour faire oublier le fond...

Nous entamons un début de XXIe siècle avec un constat bizarre : tout passe avec quelques sourires. La politique expansionniste américaine, l'ultra libéralisme, le changement des désignés comme "méchants" après la chute de l'Est... Des décennies d'acquis sociaux sont soudain jugées irréalistes (la course au profit, voire au profit virtuel, ne l'est-elle pas, irréaliste), et on cache (à peine) la misère croissante derrière un paravent sécuritaire, totalitairement sécuritaire, s'appuyant sur son complice habituel : la peur.

La peur de tout, la peur de rien, toute peur est bonne, même si elle est non fondée, si elle permet de justifier un "sécuritaire" qui permet surtout de préparer la sécurité des profits. Parce que la sécurité de l'emploi, elle, à voir comme elle est mal barrée, elle ne doit être désignée comme priorité que sur le papier et les professions de foi...

Mais foin de ces inquiétudes ! Des programmes d'avenir sont en cours. Il suffit d'y mettre les formes, nous n'aurons plus vraiment besoin de savoir où telle politique nous mène, l'important est de savoir si, derrière des aspects rudes, elle peut aussi prendre un visage sympathique.

D'ailleurs les riches ont un visage sympathique, attirant. Il n'est pas trop difficile, quand on vit dans un 400 m2 avec largement plus de moyens que nécessaire, d'être détendu et de donner une image sympathique. C'est déjà un peu plus compliqué quand on vit dans un F2 de 25 m2 sans savoir comment on va boucler la fin du mois... Et ça devient franchement impossible quand on est "Sans Domicile Fixe"...

Mais le SDF n'a qu'à faire comme nos ministres, se faire interviewer par un bloggeur et expliquer, de façon sereine et souriante, à quel point il est attentif à tous ces gens dont il se sent responsable, il aura sans doute immédiatement notre sympathie et tout notre respect, et nous serons certainement plus attentifs à ses conditions de vie...

Car, avant tout, ce que nous désirons c'est parvenir à aimer, à respecter... Et nous avons besoin de ces gens qui savent s'approcher de nous, ne serait-ce que quelques minutes...

En d'autres temps, nous aurions besoin de vérifier si de telles attitudes ont du sens où si elles relèvent de la plus pure démagogie. En d'autres temps, nous aurions perçu le narcissisme de quelqu'un qui prétend comprendre les autres mais qui, au fond, n'aime que parler de lui en se présentant sous un bon jour...

En d'autre temps, se la jouer "je suis le plus proche du petit peuple" tout en lui faisant le maximum d'enfants dans le dos, tout faire pour convaincre un peuple de laisser de côté les conflits stériles (traduisez "la lutte des classes") pour se réunir ensemble autour d'un intérêt national (qui reste vague sur les garanties de manger à sa faim pour une bonne partie des intéressés), ça portait un nom aussi... C'étaient certes des versions plus musclées, mais nous n'avons peut-être pas encore vu le pire...

La démocratie c'est bien sûr respecter les représentants que nous avons élu, mais c'est aussi maintenir le contrôle sur là où ils nous mènent, maintenir le débat sur les diverses routes proposées. Et, surtout, de ne pas considérer que des sourires sont largement suffisants et que nous n'avons pas besoin d'autres garanties. Et vérifier chaque jour qu'elle reste vivante, la démocratie, et ne soit pas qu'un décor pour des enjeux "d'intérêt supérieur" qui se règlent ailleurs...

D'autant plus que cette ambiance un peu pourrie s'insinue dans tous les aspects du quotidien. Vous ne trouvez pas normal qu'un service ne soit pas effectué correctement ? Vous ne trouvez pas normal de devoir payer des frais supplémentaires alors que votre banque vous a convaincu, il y a quelques mois, de prendre une option forfaitaire qui éviterait justement ces frais ? Vous payez de plus en plus cher les services annexes des FAI, des opérateurs, de votre banque, des télévisions ? Tout cela pour un meilleur confort, naturellement, mais le fait est que, lorsque vous utilisez ces services, vous ne tombez jamais sur le bon car ces services "plus performants" vous aiguillent mal...

Et, chaque fois que vous protestez ou questionnez, on vous regarde comme "celui qui vient de découvrir qu'il se fait avoir"... "Se faire avoir" est devenu normal. Se poser des questions est déjà une attitude curieuse et presque non citoyenne...

Quand le discours dominant consiste à raconter que ce n'est pas des changements actuels de mode de vie dont il faut se méfier mais des jeunes, quand il est déplacé de vouloir un débat réel sur les mesures que d'autres tentent de passer en force et en urgence, quand on ne devrait plus demander de comptes à un représentant élu à partir du moment où il a souri quatre fois, quand il faut faire avec des points de vue manichéens ignorant toutes les ouvertures et les découvertes des 150 dernières années sur le fonctionnement de l'homme et de la société, alors je crains que la démocratie se bafoue de plus en plus, se vide de son essence.

Il nous restera l'enveloppe... Quelques sourires, quelques propos réconfortants... L'annonce d'une vie meilleure, de la part d'états pourtant laïques, telle qu'aucune religion ne l'avait osée jusqu'à présent.

Et un paradoxe. On nous dit de ne pas nous fier aux apparences quand les choses ont l'air d'aller plus mal. Mais, en même temps, quand des gens se présentent de façon décontractée et souriante, ce sont bien les apparences, et elles seules, qu'on nous demande de prendre en considération. Aller regarder derrière serait de l'irrespect.

Il nous reste a espérer que le sens n'est pas complètement perdu et qu'il saura se réinjecter dans la vie démocratique quand les artifices de spectacle auront fait leur temps... En attendant, ils sourient... Et pourquoi sourient-ils ? Parce qu'ils prennent soin de nous ou bien, tout simplement, parce que leurs simagrées marchent, et marchent même très bien ?
_________________
Jean-Jacques Ardoino
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